Théories du capital social : le capital symbolique – P. Bourdieu, J. Coleman, D. Putman…

Le schéma général

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Martin Rowson, dans New Humanist

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Définition des principaux concepts

Avec le développement du Web social, le concept de capital social a pris une nouvelle importance. On peut présenter trois niveaux d’analyse : le capital social dans les champs sociaux, le capital social personnel et le capital social dans une communauté. Voir ici l’incontournable numéro spécial de la Revue française de sociologie (1995), avec huit contributions sur « Analyses de réseaux et structures relationnelles ».

1. P. Bourdieu : le capital social dans les champs sociaux

Pour Pierre Bourdieu (1980) le capital social, lié à l’appartenance à un réseau durable, joue un rôle de démultiplicateur pour créer un capital symbolique dans les différents champs sociaux : l’école, les médias, l’art, le langage, la science, l’habitat, Internet… voir par exemple Bourdieu (1982) sur le langage.

Le capital social est défini comme  « l’ensemble des ressources réelles et potentielles liées à la possession d’un réseau durable de relations plus ou moins institutionnalisées de connaissance et de reconnaissance mutuelles ». Le point important est ici l’effet du capital social pour amplifier le « rendement » du capital économique et/ou du capital culturel : voir Cousin et Chauvin 2012. Il en résulte alors ce capital symbolique qui organise les rapports de domination légitimés dans les différents champs sociaux (voir Pouvoir symbolique) : domination masculine, distinction liée à la culture générale… ou aujourd’hui dans le champ du recrutement une domination liée à l’agilité sur le Web (voir Fondeur et Lhermitte 2006).

2. M. Granovetter, R. Burt : le capital social dans un réseau personnel

Il y a bien longtemps que S. Milgram (1967) avait cherché à évaluer le nombre moyen d’intermédiaires entre un individu et n’importe quel autre dans la société américaine : l’expérience dite du « petit monde » donnait 6 intermédiaires, 6 degrés de séparations.

Dans cette vision du capital social comme un réseau de liens ou une chaine de relations, l’apport de Mark Granovetter (1983) repose sur « la force des liens faibles » (voir Analyse des réseaux sociaux): ce sont ces contacts, rares mais avec de nombreuses personnes, qui apportent des informations nouvelles, des ponts vers des individus socialement différents, des opportunités… Et bien sûr aujourd’hui le Web social étend la connaissance de ces « liens faibles » : c’est en les rendant beaucoup plus transparents qu’il permet de les mobiliser.

Ronald Burt (1995) valorise même l’absence de ponts réguliers entre deux groupes sociaux : les trous structuraux dans un réseau (voir Analyse des réseaux sociaux). Il met alors en évidence l’avantage compétitif que représente un nombre important de contacts non redondants : des informations plus variées et plus originales. Pour Lin ce qui est important n’est pas tant la force du lien mais la nature des ressources accessibles grâce à celui-ci : capital social mobilisé par des démarches individuelles, mais aussi capital social latent, les deux étant liés aux attributs hiérarchiques ou fonctionnels des contacts (voir Girard 2012).

Sur la mesure d’un capital social dans un réseau personnel, voir Chollet (2006)

3. J. Coleman,  D. Putnam : le capital social dans une communauté

On envisage ici l’ensemble des relations entretenues par les membres au sein d’une communauté et Girard (2012) distingue quatre approches théoriques différentes:

  • J. Coleman (1988) définit le capital social par sa fonction collective de facilitation de l’action pour les individus d’un groupe, « il rend possible la réalisation de certains buts qui ne pourraient être réalisés en son absence »: amélioration de la circulation de l’information et bienveillance des autres à notre égard (solidarité, normes de coopération), mais en contrepartie le réseau social est contraignant car il oblige à suivre des principes de comportements;
  • D. Putnam (2001) conçoit le capital social comme une grandeur caractéristique de l’état d’une société : les réseaux, les normes et la confiance, qui facilitent la coordination et la coopération pour un bénéfice mutuel;
  • Nahapiet et Ghoshal considèrent le capital social intellectuel comme la somme des connaissances qu’une organisation utilise;
  • Leana et Van Buren parlent de capital social organisationnel : objectifs et valeurs partagés, implication, relation de confiance.

Voir les autres théories utilisées dans le contrôle des SI

RÉFÉRENCES

Pierre Bourdieu (1980), Le capital social, Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 31, janvier 1980

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P. Bourdieu (1982), Ce que parler veut dire, Paris, Fayard. Notes de lecture

Note1 et Note2

J. Coleman (1988), Social Capital in the Creation of Human Capital, The American Journal of Sociology, Vol. 94

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R. Putnam (2001), Social capital: Measurement and consequences, Canadian journal of policy research

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S. Milgram (1967), The Small World Problem, Psychology Today, n° 1

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M. Granovetter (1983), The Strength of Weak Ties: A Network Theory Revisited, Sociological Theory, Vol. 1,

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R. Burt (1995), Le capital social, les trous structuraux et l’entrepreneur, Revue française de sociologie, 36-4

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B. Cousin, S. Chauvin (2012), L’économie symbolique du capital social, Actes de la recherche en sciences sociales, 3 ,n° 193 

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Y. Fondeur, F. Lhermitte (2006), Réseaux sociaux numériques et marché du travail, La Revue de l’IRES, Vol. 52 No. 3

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B. Chollet (2006),  Qu’est-ce qu’un bon réseau personnel ? Le cas de l’ingénieur R&D », Revue française de gestion no 163

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A. Girard (2012), Théorie du Capital Social : des origines diverses et une définition difficile, Chapitre 2 de la thèse « L’intégration des médias sociaux dans les stratégies d’e-GRH », Université de Montpellier

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Voir sur le site Theories Used in IS Resarch les études en systèmes d’information qui utilisent cette théorie :

Social capital theory