Théorie du pouvoir symbolique: la domination dans les champs sociaux – P. Bourdieu

Le schéma général

boudieu

Définition des principaux concepts

Dans l’analyse de Pierre Bourdieu (2000), le monde social est formé de différents champs sociaux (caractérisés par des rapports de domination symbolique) dans lesquels nous sommes conditionnés par notre Habitus (ce que nous avons connu et vécu dans un champ social). Voir cet entretien de 13mn sur ces rapports de domination incorporés dans l’Habitus:

1. Le monde social est formé de champs sociaux, caractérisés par des rapports de pouvoir/domination

Pour P. Bourdieu (1997-a) les champs sociaux sont des lieux de prises de position conflictuelles autour d’enjeux spécifiques : l’école, la maison, les médias, l’art, l’économie, la politique, le langage, la science, l’habitat…

Dans ces champs sociaux s’exerce une compétition et c’est au travers d’une “violence symbolique” que se perpétuent des rapports de domination qui sont légitimés : la domination masculine, la culture générale, la concurrence économique, la division travail intellectuel / travail manuel… Certes la domination relève du capital économique et/ou du capital culturel, mais le « rendement » de ceux-ci sont amplifiés par le Capital social pour finalement constituer le capital symbolique résultant (Bourdieu 1997-b), celui qui donne une reconnaissance dans la société.

C’est le pouvoir symbolique résultant (qui  apparait comme « le pouvoir de constituer le donné par l’énonciation, de faire voir et de faire croire « ), qui rend possible l’effectivité des différents pouvoirs (« dans la structure même du champ où se produit et se reproduit la croyance « ) :

    • sur la construction du pouvoir symbolique du patronat: voir Bourdieu et De Saint Martin (1978);
    • sur l’ouvrage de P. Bourdieu Langage et pouvoir symbolique (2001): voir cette Note de lecture détaillée;
    • sur le concept de symbolique comme forme de pouvoir: voir Dubois et al. (2013);
    • sur une évolution du recrutement, liée au capital symbolique que donne l’agilité sur le Web:  voir Fondeur et Lhermitte (2006);
    • sur la place du voyage dans la formation des élites : voir Wagner (2007);
    • sur le vocabulaire guerrier de la littérature en management décrit par Le Roy (2004) :  voir les propositions de Le Texier (2012) sur le capital symbolique managérial;
    • et puis sur la « théorie du ruissellement », et pour sourire un peu: voir cette vidéo des Goguettes :=)

2. L’Habitus est une structure incorporée, qui nous prédispose à agir

L’Habitus est un système de préférences, un style de vie, des schèmes de perception, de pensées et d’action… Ce n’est pas un automatisme mais une prédisposition à agir qui influence (par des stratégies inconscientes) notre sens pratique quotidien (Bourdieu 1994). Nous sommes en fait conditionnés, d’une façon invisible ou même illusoire, par ce que nous avons connu et vécu dans un champ social (notre origine, notre éducation, notre trajectoire, notre profession…), dans un processus de socialisation entre identité objective (un statut social, pour l’extérieur) et identité subjective (représentation consciente de soi-même). La doxa est alors « un ensemble de croyances fondamentales qui n’ont même pas besoin de s’affirmer sous la forme d’un dogme explicite et conscient de lui-même» (Bourdieu 1997).

Voir de nombreux textes de P. Bourdieu à cette adresse.

3. Par récursivité, l’Habitus reproduit les structures objectives d’un champ social

C’est l’Habitus qui est au cœur de la reproduction des structures sociales. L’Habitus (structure incorporée et subjective) conforte les “agents” dans leurs positions sur les différentes champs sociaux (structures sociales et objectives) : par « l’auto-discipline » à l’école, par le “savoir-être” au travail, par la “distinction” liée à la culture générale, par le “choix” d’un type d’études… Voir Culture et Habitus.

L’Habitus se caractérise donc par un double mouvement entre intériorité et extériorité : il intègre les pratiques (individuelles et collectives) qui sont des structures structurantes ET il reconstruit les structures objectives en confortant les positions dans un champ social (structures structurées). La marge de manœuvre des agents peut alors tenir à leur capacité à prendre conscience de la situation réelle de ces rapports structuré/structurant (voir Golsorkhi et Huault 2006). Voir aussi A. Giddens sur la dualité du structurel, dans Théorie de la structuration.

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Au final, l’analyse très percutante de D. Golsorkhi et I. Huault (2006) montre tout le potentiel que représentent les concepts de P. Bourdieu pour les sciences de gestion :

  • un travail systémique et résolument critique qui est de plus en plus utilisé à l’étranger, pour analyser comment différentes pratiques managériales ont pour effet de rendre naturelles les relations de domination,
  • mais un travail qui semble sous-exploité dans la communauté des chercheurs francophones.

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Voir les autres théories utilisées dans le contrôle des S.I.

Voir la carte générale des théories en management des S.I.

RÉFÉRENCES

P. Bourdieu (1997-a), Le champ économique, Actes de la recherche en sciences sociales Vol. 119, pp. 48-66

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P. Bourdieu (1997-b), Sur le pouvoir symbolique, Annales 32-3

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P. Bourdieu, M. De Saint Martin (1978), Le patronat. Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 20-21

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P. Bourdieu (1994), Raisons pratiques, sur la théorie de l’action, note de lecture des étudiants MIP du Cnam

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P. Bourdieu (2000), Les structures sociales de l’économie, note de lecture des étudiants MIP du Cnam

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T. Le Texier (2012), Les conceptualisations du pouvoir de Bourdieu et quelques- unes de leurs applications au management, document de travail
J. Dubois, P. Durand, Y. Winkin (2013), Aspects du symbolique dans la sociologie de Pierre Bourdieu, Varia.
F. Le Roy (2004). L’affrontement dans la relation de concurrence. Revue française de gestion, no 158,(1)
A-C. Wagner (2007), La place du voyage dans la formation des élites, Actes de la recherche en sciences sociales, vol. 170, no. 5

Y. Fondeur, F. Lhermitte (2006), Réseaux sociaux numériques et marché du travail, La Revue de l’IRES, Vol. 52 No. 3

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D. Golsorkhi, I. Huault (2006), Pierre Bourdieu: critique et réflexivité comme attitude analytique en sciences de gestion, Revue Française de Gestion 32 (165)

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