Théorie de la régulation sociale: la construction des règles – J-D Reynaud

  Le schéma général

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Définition des principaux concepts

Travailler dans une organisation repose sur des interactions qui créent des règles permettant la communication et l’échange social, la collaboration et le conflit, l’arbitrage et le compromis.
Pour Jean-Daniel Reynaud (1987, 1991) il n’y a pas de règles stables dans l’organisation, mais il peut y avoir une stabilisation sous certaines conditions. La théorie de la régulation sociale explique la création conjointe et permanente des règles : comment parvenir à un compromis provisoire? comment s’entendre sur des règles communes?
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1. Le conflit est un mode normal de coordination, et un mode de production des règles

Le conflit est en fait un mode de fonctionnement de la coordination entre les acteurs ou entre les règles (Reynaud 1093) :

  • d’un coté les dirigeants mettent en œuvre des « régulations de contrôle« , des règles de travail le plus souvent formelles et qui sont le plus souvent produites en dehors des groupes professionnels;
  • d’un autre coté, ces mêmes groupes professionnels produisent eux aussi des « règles autonomes » de travail (le plus souvent informelles) à partir de leur savoir-faire et de leurs pratiques d’usage.

Le conflit est donc la source normale de production de règles : c’est un processus de recadrage des différents intérêts (voir Averseng 2011).

2. Le processus de stabilisation est nécessairement provisoire

Ce processus de stabilisation doit passer par deux phases :

  • une première phase de négociation organise provisoirement l’inégalité des rapports de force, autour d’une zone de convergence acceptable. La négociation nécessite l’échange, l’effort, les concessions et un compromis provisoire mais suffisamment cohérent. Elle permet aussi de créer le lien social (voir le lien avec la Décision polycentrique de E. Ostrom) ;
  • une deuxième phase de légitimation suit cette négociation. La règle négociée est alors légitimée (elle peut être tacite ou explicite, pratique ou symbolique, formelle ou informelle). « Il y a tout un domaine de régulations conjointes, créant une légitimité localisée mais suffisamment générale et durable pour « expliquer » beaucoup de règles de détail et de comportements » (Reynaud 1973).

Si des règles étaient imposées (sans négociation et donc sans légitimation) ce serait une forme de dérégulation qui serait en fait une déstabilisation. voir le lien fort avec la Théorie de L’Économie des conventions.

3. L’empilement des différentes règles : la régulation autonome permet l’appropriation

Ce processus continu de régulation conflit/négociation/légitimation conduit à un empilement ou une combinaison de pratiques et de règles plus ou moins équivoques (et même le plus souvent en concurrence) car elles sont de natures, d’époques et d’inspirations différentes. J-D Reynaud donne quelques conditions d’appropriation des règles:

  • La règle, pour être appropriée, doit être rapportée aux fins d’une action commune, d’un projet commun qui lui donne un sens et rend possible l’action collective : “Il n’y a pas de règles sans projet”;
  • La règle comprend une part héritée, c’est-à-dire qu’elle s’incarne dans des dispositifs, des outils, des objets de gestion, des règles juridiques, des procédés, des techniques… « sans que les acteurs en aient nécessairement conscience » ;
  • L’incomplétude irrémédiable des régulations de contrôle ouvre la voie aux régulations autonomes développées par les acteurs eux-mêmes. Les règles autonomes s’inscrivent dans les failles de la régulation de contrôle et ce sont elles qui permettent au contrôle  de fonctionner correctement. C’est donc en fait la régulation autonome qui permet à la régulation de contrôle d’être appropriée, voir Reynaud 1988.

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On privilégie ici l’individu agissant, qui prend des décisions sociales : « l’action sociale est une interaction réglée et finalisée » et ce sont ces interactions réglées qui forment système. Il faut partir « non d’une régulation générale de la société, mais d’un ensemble, ni cohérent ni continu, de régulations conjointes ponctuelles par des acteurs sociaux ». Voir G. de Terssac (2012) : la TRS est une réponse à la vision classique de l’organisation comme un tout unifié avec des buts « prédéterminés » et des méthodes préposées; la TRS s’oppose à l’idée d’un déterminisme et s’oppose à l’hégémonie d’une rationalité unique de l’optimisation.

Voir les autres théories utilisées dans le contrôle des SI

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RÉFÉRENCES

Note importante. Si vous avez accès à la base bibliographique CAIRN, on y trouve 30 contributions qui forment l’ouvrage « La théorie de la régulation sociale de Jean-Daniel Reynaud » (2003, La Découverte) sous la direction de G. de Terssac

Jean-Daniel Reynaud (1973), Conflit et régulation sociale. Esquisse d’une théorie de la régulation conjointe. Revue française de sociologie, 20-2

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J-D Reynaud (1987), Les règles du jeu : L’action collective et la régulation sociale, note de lecture des étudiants MIP du Cnam

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J-D Reynaud (1988), Les régulations dans les organisations : régulation de contrôle et régulation autonome, Revue française de sociologie vol 29 n°1

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J-D Reynaud (1991), Pour une sociologie de la régulation sociale, Sociologie et sociétés, vol. 23, n° 2

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J-D Reynaud (2005), Ce que produit une négociation collective, ce sont des règles, Entretien dans la revue Négociations

G. de Terssac (2012) La théorie de la régulation sociale : repères introductifs. Revue Interventions économiques, n° 45

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J.P. Bréchet (2008), Le regard de la théorie de la régulation sociale de Jean-Daniel Reynaud, Revue française de gestion n° 184

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C. Averseng (2011), Règles et régulations, l’apport de J-D Reynaud, Chapitre 2.2 de la thèse « Management des processus et réduction de l’équivocité », Université de Montpellier

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