Théorie des coûts de transactions : internalisation ou externalisation – O. Williamson

 Les schémas

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Définition des principaux concepts

Pourquoi existe-il des entreprises et non pas seulement des marchés? Définie au départ par R. Coase (voir Coase 1988), la « théorie économique de la firme »  présente l’entreprise comme un mode de coordination « administrative » (par internalisation), mode alternatif et dans certaines circonstances plus intéressant que le mode de coordination décentralisée par un système de prix prétendu « optimal » sur le marché (l’externalisation).

Oliver Williamson développe alors toute une vision de l’économie comme un « nœud de contrats » basée sur les coûts de transactions (pour comparer cette vision de O. Williamson avec les théories des contrats ou de l’agence, voir Coriat et Weinstein 2010). O. Williamson a reçu le « Prix de la banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel ».

1. Les déterminants des coûts de transactions, par le marché ou par la firme

O. Williamson (1981) explique que l’organisation hiérarchique (la firme, l’entreprise) est une solution alternative quand elle permet de réduire suffisamment les coûts de transactions sur un marché (les coûts d’information, de négociation et de comportements, dans ces contrats toujours renégociés à très court terme). Mais avec « la firme » apparaissent alors d’autres coûts, les coûts organisationnels de supervision (coûts liés aux « bureaucraties » et à la supervision, dans des contrats à plus long terme avec l’entreprise). Il faut noter que ces deux types de coûts sont ici des catégories conceptuelles et non des coûts au sens d’une comptabilité analytique (voir Ghertman, 2006). Quatre paramètres déterminent alors les cas où « la firme » prévaut sur « le marché » :

  • l’existence de comportements opportunistes : comme les individus (par exemple un fournisseur ou un responsable des achats) peuvent profiter des asymétries d’information sur un marché (avant ou après un contrat, voir Théorie des contrats), cela favorise un recours à « la firme » pour s’en protéger;
  • l’incertitude liée à la rationalité limitée des individus (satisfaction plutôt qu’optimisation, voir Décision et rationalité « limitée ») : « la firme » peut ici réduire l’incertitude sur l’information, grâce à un réseau structuré de communication et à un système hiérarchisé de prise de décision;
  • la fréquence des transactions, d’où peut naitre une confiance calculée ou institutionnelle entre les contractants et « la firme », dans les cas où les activités sont complexes ou tacites (voir La gouvernance polycentrique);
  • le degré de spécificité des actifs qui peut générer de quasi-rentes pour les détenteurs de ces actifs difficilement re-déployables (par exemple un marché très local, un outil très spécifique, des spécialistes experts d’un domaine particulier) : l’internalisation « par la firme » devient alors une réponse.

D’un point de vue théorique l’internalisation par la firme a lieu quand la valeur des quatre paramètres est forte, et donc à l’inverse beaucoup d’auteurs se réfèrent à une faible valeur de ces paramètres pour analyser les décisions d’externalisation par le recours au marché : voir Abecassis (1997), voir Bounfour (1999).

2. Les trois formes de gouvernance : le marché, la hiérarchie, et les « formes hybrides »

O. Williamson décrit au final trois formes d’organisation, ou « modes de gouvernance »:

  • le marché, entendu ici au sens classique de système de fixation des prix, est le type d’organisation supérieur quand les produits sont standards, quand la spécificité des actifs est nulle et quand les litiges éventuels sont essentiellement monétaires;
  • la « hiérarchie », entendue ici comme la firme, est à l’opposé le type d’organisation supérieur quand les produits sont différenciés ou nouveaux et que les instruments de management permettent une coordination différenciée suivant les catégories de contractants;
  • et les formes hybrides, entre le marché et la firme, qui sont nombreuses : contrats de fournitures à court terme, accords de licence de fabrication, accords de sous-traitance, contrats d’exportation, accords de franchise ou de marque, contrats avec clause d’arbitrage… et aujourd’hui écosystèmes d’affaires. Ces formes de gouvernance sont plus complexes, mais c’est ici que l’analyse en terme de coûts de transactions devient un outil théorique puissant pour analyser le mécanisme de l’externalisation : sur l‘Outsourcing voir Quélin (1997) dans le numéro spécial de la revue Réseaux, sur la décision d’externaliser voir Barthélemy et Donada (2007).

En remettant ainsi en cause le dogme d’un marché concurrentiel qui serait « idéal », cette analyse théorique de O. Williamson a eu un impact historique important aux USA pour modifier la jurisprudence anti-trust en la rendant plus souple (voir Ghertman 2006).

3. Le rôle des technologies d’information, un retour vers la forme du « marché »?

Avec les TIC, vers plus d’externalisation ? ou bien avec les TIC, vers plus d’internalisation ? Le débat n’est toujours pas clos : voir l’incontournable numéro spécial de la revue Réseaux en 1997 (en accès libre). Le débat est même aujourd’hui renouvelé dans le cadre de la « transformation numérique » (voir les Stratégies de rupture) : C. Benavent (2017) voit par exemple quatre formes de gouvernance : par le marché ou la hiérarchie, mais aussi par le clan ou par la plateforme.

  • Certains auteurs mettent en avant un retour vers le marché, rendu possible aujourd’hui parce que la numérisation permet de nouvelles externalisations : réduction des coûts de coordination grâce à la connexion généralisée, moins de spécificité des actifs grâce à la globalisation, accès moins biaisé au marché grâce aux comparateurs et systèmes de recommandation, réduction des coûts de distribution physique par le e-Commerce, technologies bancaires décentralisées des « FinTech » ou du Bitcoin, virtualisation des biens culturels, nouvelle redistribution des marges dans une économie de plateformes… et donc au final des effets de dés-intermédiation : voir le débat engagé dès 1987 par T. Malone et al.

  • A l’opposé, d’autres auteurs mettent en avant la réalité des nouvelles multinationales dominantes qui court-circuitent les marchés en s’appuyant sur les TIC : oligopole des « GAFAM », fusions ou alliances pour atteindre une taille critique très importante, « modèle Apple » d’intégration verticale dans les contenus et les médias, concentrations liées à la convergence des technologies de l’informatique et des communications… et donc au final des effets de « courtage » et des effets d’intégration : voir E. Brousseau (1992).

Enfin on peut opposer cette conception relationnelle du rôle des TIC (voir aussi Parties prenantes, Néo-institutionnalisme…) à des conceptions plus internes fondées les capacités (voir Ressources/Compétences, Alignement, Capacités dynamiques…)  ou à des conceptions plus classiques fondées sur les marchés (Forces concurrentielles, Océan bleu…).

StratégieS

Voir les autres théories utilisées dans les stratégies des SI

RÉFÉRENCES

Oliver Williamson (1981), The Economics of Organization, the Transaction Cost Approach, The American Journal of Sociologyy, vol 87 n° 3

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R. Coase (1988), La firme, le marché et le droit, Note de lecture des étudiants MIP du Cnam

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T. Malone, R. Benjamin, J. Yates (1987), Marchés électroniques et hiérarchies électroniques.  Communications of the ACM. Traduction J. Perani dans Réseaux, vol 15, n° 84

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INCONTOURNABLE sur la question : le numéro spécial de la revue Réseaux n°84, en 1997.  Six contributions en ligne

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B. Coriat, O. Weinstein (2010), Les théories de la firme entre « contrats » et « compétences », Revue d’économie industrielle, n° 129

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M. Ghertman (2006), Oliver Williamson et la théorie des coûts de transaction, Revue française de gestion, n° 160

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C. Abecassis (1997), Les coûts de transaction : état de la théorie.  Réseaux, vol 15, n° 84
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J. Barthélemy, C. Donada (2007), Décision et gestion de l’externalisation. Une approche intégrée. Revue française de gestion n° 177

A. Bounfour (1999), Externalisation des activités immatérielles, identité de l’entreprise et performance, Congrès AIMS

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E. Brousseau (1992) Coûts de transaction et impact organisationnel des technologies d’information et de communication, Réseaux, vol 10 n° 54.

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C. Benavent (2017), Réseaux sociaux, une question d’organisation, Prisma.com n°16

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Voir aussi sur le site IS Theory une liste de références qui utilisent cette théorie en Systèmes d’Information :

Transaction Cost Economics