Théorie des contrats, Théorie de l’agence: les asymétries d’information – G. Akerlof, M. Jensen et W. Meckling

Les schémas

Lemon

Réseau des relations dans « Lemons Market theory » (Akerlof, 2003)

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Définition des principaux concepts

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1. La théorie des contrats : l’asymétrie d’information – G. Akerlof

La théorie des contrats offre une vision assez juridique des rapports économiques (voir Coriat et Weinstein 2010), elle décrit deux asymétries d’information possibles :

avant le contrat, il peut y avoir des informations cachées (situation dite de « sélection adverse » en anglais). Le marché des voitures d’occasion est ici typique : seul le vendeur connaît la qualité véritable du véhicule avant de signer le contrat de vente. C’est en 1970 et sur ce marché des « tacots » (qu’on appelle des « citrons » en anglais, Lemons Market theory ) que G. Akerlof a fondé tout le champ de recherche sur les contrats (voir Akerlof 2003), même si son analyse théorique l’oblige à prédire… la disparition à terme (!) de tout ce marché de l’occasion : en théorie les voitures de qualité devraient disparaitre du marché puisqu’elles ne pourront être vendues qu’au prix moyen;

après le contrat, il peut y avoir aussi des informations cachées (situation dite de « risque moral »). Le contrat d’assurance est ici typique : l’assureur ne peut pas complètement contrôler le comportement opportuniste voir amoral de l’assuré après le contrat. Voir Dionne (1981), qui donne une idée de la complexité du problème quand on s’en tient aux axiomes classiques sur les fonctions d’utilité fondant le modèle standard de la théorie économique, et voir The Theory of the Lemon Markets in IS Research, chapitre 11 de l’ouvrage IS Theory.

Bien que la théorie des contrats repose sur l’opportunisme dans les situations d’asymétries d’information, G. Akerlof (1982) considère que le contrat de travail a aussi une dimension de réciprocité : bien sûr le salarié rend un service (une prestation sous certaines conditions) en échange d’un prix (salaire et ses dérivés), mais dans la pratique le salarié produit souvent un effort supérieur aux normes exigées, il fait un « don partiel »  à l’entreprise. En contrepartie il peut y avoir contre-don de la part de l’entreprise, à d’autres temps et sous différentes manières : individuellement par des promotions, des opportunités, ou collectivement par une reconnaissance du travail, une autonomie, des mobilités… (voir La théorie du don / contre-don). G. Akerlof a reçu le « Prix de la banque de Suède en mémoire d’Alfred Nobel ».

2. Les relations d’agence : les mandants et les mandataires – M. Jensen et W. Meckling

Dans ces situations d’asymétrie d’information, la théorie de l’agence s’est alors développée à partir de 1976 avec l’article fondateur de Jensen et Meckling (1976). Dans une « relation d’agence » une personne (le principal, ou le mandant) engage une autre personne (l’agent, ou le mandataire) pour exécuter en son nom une tâche qui implique une délégation du pouvoir de décision : par exemple un propriétaire qui confie la vente de son bien à un agent immobilier, mais ici et surtout des actionnaires qui confient la gestion de « leur » entreprise à des dirigeants, voir Charreaux (1999).

Il faut alors définir les formes du contrat qui pourront limiter l’opportunisme de l’agent. Avec toujours l’hypothèse que chacun veut maximiser sa propre utilité, l’asymétrie d’information engendre un contrôle nécessaire et donc des coûts d’agence qu’il faut chercher à minimiser : des coûts de surveillance et des dépenses d’incitation pour le principal mandant, des coûts de justification pour l’agent mandataire, et enfin des coûts dits résiduels (voir ce lien sur Wikipédia et cette vidéo de Xerfi).


JesenMeckling

Des comportements de maximisation très sophistiqués et l’extension du modèle à des multi-principaux et/ou des multi-agents, conduisent à imaginer des formes de contrats complexes (voir Magnan de Bornier 2004), mais qui n’ont pas toujours d’implications pratiques. La théorie de l’agence a pourtant eu un impact considérable dans toute la financiarisation de l’économie en justifiant de nouvelles pratiques autour de la « valeur actionnariale » : rémunérations par stock-options, titrisation,  délits d’initiés, rachat d’actions, risque d’OPA, licenciements par signal boursier, indicateurs comptables des bénéfices résiduels…

3. Théorie des contrats, théorie de l’agence… et management des systèmes d’information

D’assez nombreuses recherches en SI font appel aux concepts sinon aux équations de la théorie des contrats ou de la théorie de l’agence (voir sur le site ISTheory et voir le chapitre 11 de l’ouvrage IS Theory) : asymétrie d’information, mandataire et agent, sélection adverse et risque moral, opportunisme et incertitude, coûts de surveillance et coûts de justification… (voir aussi la vision plus partenariale de la « Théorie » des parties prenantes):

  • soit des recherches qualitatives dans le domaine du développement des SI, mais où il ne s’agit que de « se placer dans la perspective » des contrats pour analyser le rôle des asymétries d’information, comme par exemple Bahli et Rivard (2003) dans l’analyse des risques, ou Rochaix (1997) dans l’analyse des systèmes de santé ;

  • soit, plus récemment, des recherches quantitatives dans le domaine Marchés et TI, où il s’agit de tester des modèles de comportement sur les nouveaux marchés en ligne (asymétrie d’information et opportunisme), comme par exemple Hong et Pavlou (2014).

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    Voir les autres théories utilisées dans le contrôle des S.I.

    Voir la carte générale des théories en management des S.I.

REFERENCES

G. Akerlof (2003), Writing the “The Market for ‘Lemons’”: A Personal and Interpretive Essay, The Official Web Site of The Nobel Foundation

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Akerlof G. (1982), Labor Contracts as Partial Gift Exchange, The Quarterly Journal of Economics 97 (4)

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M. Jensen, W. Meckling (1976), Theory of the firm: Managerial behavior, agency costs and ownership structure, Journal of Financial Economics, vol 3, issue 4

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B. Coriat, O. Weinstein (2010), Les théories de la firme entre contrats et compétences, Revue d’économie industrielle 129-130

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G. Dionne (1981). Le risque moral et la sélection adverse : une revue critique de la littérature. L’Actualité économique, 57(2)

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G. Charreaux (1999), La théorie positive de l’agence : positionnement et apports, document de travail

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J. Magnan de Bornier (2004), La théorie de l’agence et les contrats optimaux, document de travail

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L. Rochaix (1997), Asymétries d’information et incertitude en santé : les apports de la théorie des contrats, Économie & prévision, 3-4

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B. Bahli, S. Rivard (2003), The information technology outsourcing risk : a transaction cost and agency theory-based perspective, Journal of Information Technology 18

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Y. Hong, P. Pavlou (2014), Product Fit Uncertainty in Online Markets: Nature, Effects, and Antecedents, Information Systems Research Vol. 25, No. 2

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Voir sur le site IS Theory une liste de références en SI qui utilisent ces théories :

Lemon market theory

Agency theory

Signaling theory