Décision et modes de coordination : supervision, standardisation, ajustement mutuel – H. Mintzberg

Le schéma général

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Définition des principaux concepts

Plus on est amené à répartir le travail… et plus il faut se coordonner. Pour Henry Mintzberg (1982) les organisations peuvent donc se caractériser :

  • par leur niveau de division du travail (horizontale ou verticale, spécialisation ou décentralisation);
  • et donc par les différents modes de coordination (que la division du travail rend alors nécessaire).

Pour une discussion théorique et pratique du concept de coordination, voir Alsène et Pichault (2007) qui proposent de différencier les processus de coordination et les solutions de coordination au niveau d’analyse d’une situation de travail.

1. Pour H. Mintzberg,  il y a cinq modes de coordination possibles

  • La supervision directe, par le biais d’une personne qui donne les ordres et les instructions à plusieurs autres;
  • L’ajustement mutuel, décrit comme un processus de coordination-communication plutôt informel (ce que l’on peut rapprocher des procédures de consensus décrites par J. Habermas ou des cheap talks décrits par E. Ostrom).

et la standardisation, qui peut se faire de trois façons différentes:

  • La standardisation des procédés de travail de ceux qui doivent réaliser des tâches interdépendantes ⇒ en spécifiant les procédés, les règles et les instructions opérationnelles;
  • La standardisation des résultats ⇒ en ne spécifiant que les résultats à obtenir pour chaque type de travail, mais pas les détails sur la façon de procéder (par exemple pour des commerciaux);
  • La standardisation par les normes (qualifications, compétences, formation générale) ⇒ où le travail des membres est « culturellement » dicté par un même ensemble de croyances partagées (ce que l’on peut rapprocher de l’Habitus décrit par P. Bourdieu).

Pour des exemples détaillés de ces modes de coordination, voir Romelaer (2002).

2. Chacun des modes de coordination est caractéristique d’une structure  d’organisation particulière

Dans la pratique chaque organisation intègre bien sûr plusieurs modes de coordination, mais il apparait un mode dominant de coordination.

  • Suivant la place relative du sommet stratégique, de la base opérationnelle, de la ligne hiérarchique, de la technostructure et des fonctions de support, H. Mintzberg caractérise cinq types de structures particulières : la structure simple, la bureaucratie industrielle, la bureaucratie professionnelle, la forme divisionnelle et “l’adhocratie” (voir Mintzberg 1980 et voir le blog d’H. Mintzberg). Chaque type structure est alors principalement associée à un des cinq modes de coordination (voir diapo ci-dessous).
  • Pour une discussion détaillée des différents types de structures d’organisation, voir Romelaer (2002).

Sans titreCoordination et structures de l’organisation (voir sur SlidePlayer)

3. Les exigences pour la communication ne sont pas les mêmes

  • les trois modes de standardisation sont relativement peu exigeants en information, surtout dans le cas où les conditions sont suffisamment stables (voir l’exemple donné par C. Godé, 2008);
  • la supervision directe exige une communication régulière dans les deux sens et l’intervention du niveau supérieur devient fréquente (voir Bollecker 2004, sur les difficultés de coordination liées aux indicateurs non financiers);
  • l’ajustement mutuel est le mode de coordination le plus exigeant en terme de communications et en transmission de signaux variés  (pour une représentation formelle de la coordination par ajustement mutuel, voir Latapy et al. 2003).

Dans le cas de la gouvernance d’Internet, Fallery et Rodhain (2010) ont montré l’intérêt de cette grille de lecture : les modes de coordination y sont très variés, mais on peut correctement les décrire suivant les cinq modes définis par H. Mintzberg. Dans le cas des activités  de conception, Darses (2009) détaille le processus d’ajustement mutuel avec le concept de synchronisation cognitive. Moisdon et Weil (1993) décrivent une organisation à deux niveaux, avec un ajustement mutuel entre les techniciens de base qui permet d’éviter l’engorgement par supervision au niveau hiérarchique.

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L’analyse de H. Mintzberg a l’avantage d’être pédagogique et de se situer à un niveau opérationnel, mais sur les problèmes de coordination dans les organisations voir aussi :

  • l’apport de la Théorie de la régulation sociale. avec une analyse dynamique qui décrit le conflit (entre règles de contrôle et règles autonomes)  comme un mode de coordination;
  • l’apport de la Théorie des jeux, où l’on  postule que la coordination entre individus se fait par des anticipations sur le comportement probable des autres;
  • l’apport de la théorie de l’Économie des conventions, où la coordination repose sur des règles de comportement, par une articulation de registres différents de légitimité;
  • l’apport de la Gouvernance polycentrique des biens communs, où la coordination repose sur la discussion des règles au sein de différentes arènes locales;
  • l’apport de L’Agir communicationnel, où la coordination par consensus légitime tient à la procédure délibérative suivie, qui s’inscrit dans une éthique de la communication.

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Voir les autres théories utilisées dans le développement des SI

Voir la carte générale des théories en management des S.I.

RÉFÉRENCES

Henry Mintzberg (1982), Structure et dynamique des organisations, Paris, Editions d’organisation. Note de lecture MIP du Cnam

  le lien

Henry  Mintzberg (1980) Structure in 5’s: a synthesis of the research on organization design. Management Science Vol. 26. No. 3

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E. Alsène, F. Pichault (2007), La coordination au sein des organisations, éléments d’un recadrage conceptuel . Gérer et comprendre, Annales des Mines n°87

le lien

E. Romelaer (2002), Organisation : panorama d’une métode de diagnostic, Cahier de recherche CREPA n° 76

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M. Bollecker (2004), Les mécanismes de contrôle dans un contexte de différenciation des systèmes d’information, Finance Contrôle Stratégie – Volume 7, N° 4

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M. Latapy et al. (2003), La coordination intra – processus : ses interactions verbales, Communication LIFL

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C. Godé (2008). Les pratiques de coordination en environnement volatile : le cas des forces aériennes françaises en situation opérationnelle. Conférence AIMS

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F. Darses (2009). Résolution collective des problèmes de conception. Le travail humain, vol. 72,(1)

le lien

J.C. Moisdon, B. Weil (1993), L’invention d’une voiture : un exercice de relations sociales, Gérer et Comprendre, septembre, pp. 40

B. Fallery, F. Rodhain (2010), Fondements théoriques pour une régulation d’Internet : La légitimation faible et la réflexivité forte, Systèmes d’information & management, Volume 15

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