Théorie de l’Agir communicationnel : décision par consensus, éthique de la communication – J. Habermas

 Le schéma

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Définition des principaux concepts

L’Agir communicationnel nous permet d’être “rationnels en communication”. La « pensée critique » développée par Jürgen Habermas (1983) veut renouveler l’idéal de la Raison dans les sociétés démocratiques, où les individus peuvent constater qu’ils partagent au moins quelque chose : le fait de pouvoir vivre dans une sorte de communauté d’interprétations (voir Habermas 1981). Face aux insuffisances d’une démocratie représentative, une démocratie délibérative (voir Habermas 1992) repose alors sur la « discussion rationnelle » au moyen d’un certain nombre de règles : une rationalité communicationnelle et des procédures de décision par consensus.

1. L’Agir communicationnel nous permet d’être “rationnels en communication”

Au delà des classiques rationalités de l’agir instrumental et de l’agir stratégique (qui sont liés à la recherche de résultats individuels), l’Agir communicationnel est lié à la façon d’être ensemble par le langage (une rationalité qui est « au service » des résultats, voir Calori 2003):

  • à un premier niveau, le « dissensus » peut être maximum sur les propositions: accords-désaccords, concessions-réfutations, critiques-justifications,  parce que
  • à un deuxième niveau, l’entente se réalise sur les normes de l’échange, sur une déontologie procédurale: principe de discussion, volonté de s’accorder sur un consensus provisoire, respect d’une éthique de la communication et garantie de pouvoir rediscuter ultérieurement (voir Duchamp et Koehl 2008);
  • un individu est alors « rationnel en communication » s’il peut justifier son comportement dans la communication par quatre types de « prétentions à la validité » : validité par l’intelligibilité, par la logique, par la justesse vis à vis de la communauté sociale, par la sincérité des expériences vécues ( voir Rowe 2009).

2. La délibération : le décision par consensus légitime est un mode de coordination

Le consensus légitime apparaît alors comme un mode de coordination non autoritaire, basé sur le consentement. Il est certes impossible de poursuivre une discussion jusqu’à ce qu’un accord général soit atteint, mais l’essentiel est que la décision prise soit légitime, c’est à dire légitimée par la procédure éthique qui a été suivie (voir Jaffro 2001) :

  • dans un consensus il ne peut pas y avoir d’unanimité; et il n’y a ni compromis, ni vote. C’est en fait la constatation collective d’un consentement qui tient alors lieu de règle d’arrêt de la discussion, par la reconnaissance mutuelle de l’absence de nouveaux désaccords exprimés (voir Urfalino 2007);
  • la rationalité tient ici à la procédure délibérative (comment les problèmes ont-ils été formulés, comment les solutions ont-elles été évaluées). La rationalité vient du trajet collectif qui avait été suivi pour établir l’acceptabilité (voir Décision et gouvernance polycentrique). C’est par exemple la procédure Request of comments dans les consortium d’Internet (voir IETF 1998), ou la procédure des pages de discussion sur Wikipédia, ou la procédure de classification collaborative des signets dans les “floksonomies”…
  • la décision par consensus légitimé peut même devenir le mode principal de coordination dans les organisations dé-hiérarchisées (pour un management sans managers : voir Hamel 2011, voir Fallery 2016 et voir des  exemples sur le site 4tempsdumanagement.

Pour une théorie de la délibération politique, voir Manin 1985 ( » la décision légitime n’est pas la volonté de tous, mais celle qui résulte de la délibération de tous ») et voir Sintomer 2011 ( » l’essentiel de ce qui se joue dans la délibération publique est peut-être le cadre normatif qui surgit de l’interaction « ).

Voir les autres théories utilisées dans le développement des SI

RÉFÉRENCES


Habermas J. (1981), The theory of communicative action, Beacon Press Boston. Accessible en ligne, 463 pages

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Habermas J. (1992) L’espace public, 30 ans après. Quaderni, n°18, . pp. 161-191.

Habermas J. (1993), Droit et Démocratie, entre faits et normes, Paris Gallimard, Fiche de lecture des étudiants MIP du Cnam.

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Calori R. (2003), Philosophie et développement organisationnel : Dialectique, agir communicationnel, délibération et dialogue, Revue française de gestion, 2003/1 no 142, p. 13-41.

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Duchamp D., Koehl J. (2008), L’éthique de la discussion au service de la performance organisationnelle, Revue internationale de psychosociologie et de gestion des comportements organisationnels, 2008/34 Vol. XIV.

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Jaffro L. (2001), Habermas et le sujet de la discussion, Cités, 2001/1 n° 5, p. 71-85,

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Urfalino P. (2007), La décision par consensus apparent. Nature et propriétés, Revue européenne des sciences sociales, XLV-136

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Rowe F. (2009), Les approches critiques en Systèmes d’Information : de la sociologie de la domination à l’éthique de l’émancipation, Congrès AIM 2009

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Hamel G. (2011), First, Let’s fire all the managers, Harvard Business Review, 89, no. 12: 48-60.

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Fallery B. (2016), Du logiciel libre au management libre : coordination par consensus et gouvernance polycentrique, Management et Avenir n°90, pp 127-150

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IETF (1998) RFC, Guidelines and Procedures

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Manin B. (1985), Volonté générale ou délibération? Le débat n°33

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Sintomer, Y. (2011). Délibération et participation : affinité élective ou concepts en tension ? Participations, 1(1)

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